
Gandhi pendant la Marche du sel, mars 1930. Image du domaine public.
Mohandas Karamchand Gandhi, largement connu sous le nom de Mahatma Gandhi, fut un avocat indien et un organisateur anticolonial. Il devint la principale figure morale et politique de la lutte contre la domination britannique en Inde. Né en 1869, Gandhi forma sa méthode publique en Afrique du Sud, revint en Inde en 1915 et devint la figure la plus reconnaissable du nationalisme indien avant l’indépendance de 1947. Il transforma la résistance non violente disciplinée en politique de masse contre un empire.
L’indépendance indienne fut portée par un vaste mouvement. Le Congrès national indien lui donna un cadre organisationnel, tandis que des militants régionaux, des organisateurs ouvriers, des paysans, des chefs religieux, des révolutionnaires, des négociateurs constitutionnels et des participants ordinaires le portèrent dans des luttes locales et des campagnes publiques. La contribution propre de Gandhi fut de relier discipline morale, protestation publique, reconstruction villageoise et nationalisme anticolonial. En associant ces éléments à une méthode publique disciplinée, il rendit la domination britannique plus difficile à défendre et la politique indienne plus participative qu’elle ne l’avait été sous les formes plus élitaires d’agitation constitutionnelle.
Sa vie révéla les tensions profondes de la lutte pour l’indépendance, et pas seulement sa force morale. Gandhi défendit l’unité hindoue-musulmane, s’opposa à l’intouchabilité et rejeta la violence politique. Pourtant, il défendit aussi une discipline sociale que ses critiques jugeaient paternaliste. Son affrontement avec B. R. Ambedkar au sujet de la représentation politique des Dalits et son incapacité à empêcher les violences de la partition montrent les limites de l’autorité morale dans un mouvement de masse. Des historiens comme Judith Brown et Ramachandra Guha traitent donc Gandhi à la fois comme un dirigeant nationaliste transformateur et comme une figure politique dont l’autorité avait de réelles limites.
Résumé
- Gandhi naquit à Porbandar en 1869, dans une famille liée à l’administration des États princiers de l’ouest de l’Inde.
- Sa formation juridique à Londres lui donna un statut professionnel, mais sa première éducation politique eut lieu en Afrique du Sud entre 1893 et 1914.
- En Afrique du Sud, Gandhi développa le satyagraha, une méthode de résistance non violente fondée sur la vérité, l’autodiscipline, la souffrance publique et le refus de coopérer avec l’injustice.
- Après son retour en Inde en 1915, il relia les campagnes locales de Champaran, Kheda et Ahmedabad à une politique nationale plus large.
- Ses grandes campagnes à l’échelle de l’Inde comprirent la Non-Coopération, la Marche du sel, la Désobéissance civile et Quit India.
- Son programme associait l’indépendance politique au swadeshi, à l’industrie villageoise, à la discipline religieuse, à l’unité hindoue-musulmane et à l’opposition à l’intouchabilité.
- Il s’opposa à la partition, passa ses derniers mois à tenter d’arrêter les violences communautaires et fut assassiné à Delhi le 30 janvier 1948.
Jeunesse, famille et éducation
Gandhi naquit le 2 octobre 1869 à Porbandar, ville côtière de la péninsule du Kathiawar, dans l’ouest de l’Inde. Sa famille appartenait à la caste marchande des Vaishya. Son père, Karamchand Gandhi, servit comme dewan, ou ministre en chef, à Porbandar puis à Rajkot. Cette fonction plaçait la famille près de la politique princière, de l’administration locale et de l’influence impériale britannique, sans faire de Gandhi un membre de la classe dirigeante coloniale.
Sa mère, Putlibai, façonna son premier univers religieux. Elle pratiquait une forme vaishnava de dévotion hindoue influencée par des habitudes jaïnes de jeûne et de végétarisme. Le respect des êtres vivants appartenait à la même culture domestique. Gandhi se souvint plus tard de sa vie familiale comme d’une source de discipline et de sérieux moral. Ces souvenirs aident à comprendre pourquoi la maîtrise de soi et le langage religieux restèrent au centre de sa vie publique, même si sa politique se développa ensuite à travers le droit, l’empire et l’organisation de masse.
Gandhi épousa Kasturba Kapadia alors qu’ils étaient tous deux adolescents. Le mariage reflétait les coutumes sociales de l’époque et devint plus tard un long partenariat politique, quoique non égal selon les critères modernes. Kasturba Gandhi participa aux campagnes et subit l’emprisonnement. Elle géra aussi la vie de l’ashram, tandis que les propres écrits de Gandhi révèlent l’autorité qu’il attendait dans le foyer. Sa biographie est inséparable de la discipline domestique, de la pratique religieuse et des normes de genre qu’il utilisa et parfois contesta.
Après sa scolarité à Rajkot, Gandhi fréquenta brièvement le Samaldas College à Bhavnagar. Des conseillers familiaux l’encouragèrent ensuite à étudier le droit à Londres. Il quitta l’Inde en 1888, entra à l’Inner Temple et fut admis au barreau en 1891. Londres l’exposa aux cercles végétariens, aux textes chrétiens, à la Bhagavad Gita en traduction et aux écrits réformateurs sur la conscience et la vie simple. Il rentra en Inde avec des qualifications juridiques, mais sans carrière d’avocat immédiatement réussie.
En 1893, Gandhi accepta un emploi pour une firme marchande indienne en Afrique du Sud. Le poste devait être temporaire. Il devint le cadre dans lequel un avocat timide apprit comment fonctionnaient en pratique le droit racial, la hiérarchie impériale et la protestation communautaire organisée.
L’Afrique du Sud et la formation du satyagraha
Gandhi arriva en Afrique du Sud à une époque où les marchands indiens, les travailleurs et les anciens engagés sous contrat subissaient la discrimination des autorités coloniales blanches. L’épisode le plus connu eut lieu lors d’un voyage en train en 1893, lorsque des agents l’expulsèrent d’un compartiment de première classe à Pietermaritzburg malgré son billet. L’incident l’obligea à affronter le sens pratique de l’humiliation raciale dans l’Empire britannique, même si sa politique se développa à travers de nombreuses campagnes ultérieures.
Gandhi répondit d’abord par des pétitions, des arguments juridiques, des journaux et l’organisation communautaire. En 1894, il contribua à fonder le Natal Indian Congress pour défendre les droits des Indiens. Il soutenait que les Indiens d’Afrique du Sud étaient des sujets britanniques et méritaient une protection juridique dans le cadre impérial. À ce stade, il espérait encore que l’Empire britannique pouvait être rendu juste par appel à ses propres principes.
Cet espoir s’affaiblit à mesure que les lois discriminatoires se poursuivirent. Le tournant survint au Transvaal après l’Asiatic Registration Act de 1906, qui obligeait les Indiens à s’enregistrer et à se soumettre à la prise d’empreintes digitales. Gandhi et ses partisans refusèrent d’obéir. Ils acceptèrent l’arrestation, brûlèrent des certificats d’enregistrement et organisèrent des marches. La punition devint une preuve publique de l’injustice. En Afrique du Sud, Gandhi fit passer la protestation de la pétition pour des droits à un refus discipliné de coopérer avec une loi dégradante et à l’acceptation publique du châtiment.
Il appela cette méthode satyagraha, souvent traduit par « force de la vérité » ou « attachement ferme à la vérité ». Elle différait de la résistance passive ordinaire parce que Gandhi faisait de la souffrance volontaire une partie de la méthode. Le satyagrahi devait résister ouvertement, éviter la haine, accepter la punition et exercer une pression morale sur l’adversaire. Dennis Dalton a souligné plus tard que la politique de Gandhi associait éthique et stratégie : la non-violence était un engagement moral, et les gouvernements trouvaient cette discipline publique difficile à réprimer sans nuire à leur propre légitimité.
Au-delà de la protestation publique, l’Afrique du Sud transforma la vie personnelle de Gandhi. Il fonda le journal Indian Opinion et expérimenta la vie communautaire à Phoenix Settlement et à Tolstoy Farm. En 1906, il fit vœu de brahmacharya, ou célibat. Ces expériences n’étaient pas des excentricités privées. Gandhi les utilisa pour former des militants au travail manuel, à la maîtrise de soi, à la vie simple et à une discipline commune. L’ashram devint une institution politique autant qu’une communauté morale.
Les campagnes sud-africaines obtinrent des gains partiels, notamment des concessions sur l’enregistrement et l’abolition de la taxe de 3 livres imposée aux anciens travailleurs sous contrat. Leurs victoires partielles donnèrent à Gandhi une visibilité internationale qui dépassait ces concessions juridiques. Lorsqu’il quitta l’Afrique du Sud en 1914, il avait développé une méthode, une personnalité publique et un réseau de soutiens qui façonnèrent ensuite son travail en Inde.
Retour en Inde et premières campagnes
Gandhi rentra en Inde en janvier 1915. Il ne prit pas immédiatement la tête de la politique nationale. Suivant le conseil de Gopal Krishna Gokhale, qu’il considérait comme un mentor politique, Gandhi passa du temps à voyager en Inde et à observer les conditions locales. Cette période l’aida à comprendre comment la pauvreté, la caste, la pression agraire et l’autorité coloniale variaient selon les régions.
En 1915, il fonda un ashram près d’Ahmedabad, transféré plus tard à Sabarmati. L’ashram formait les disciples à la prière, au filage, à l’assainissement et au travail manuel. La discipline communautaire faisait partie du même apprentissage. Sa décision d’admettre une famille dalit défia les préjugés de caste parmi ses partisans. Ce choix indiquait qu’il voyait la réforme sociale comme une partie du renouveau national, même si son approche de la caste allait ensuite subir de fortes critiques d’Ambedkar et de militants dalits.
Les premières grandes campagnes indiennes de Gandhi furent locales. À Champaran en 1917, il soutint des paysans soumis à la pression des planteurs d’indigo. À Kheda en 1918, il appuya des cultivateurs qui demandaient un allègement fiscal après une mauvaise récolte. À Ahmedabad, il intervint dans un conflit entre propriétaires d’usines et travailleurs. Ces campagnes reliaient grief juridique, détresse rurale, enquête publique et protestation contrôlée. Elles montrèrent que Gandhi pouvait transformer une souffrance locale en autorité politique nationale.
Les Rowlatt Acts de 1919 firent entrer Gandhi dans l’agitation à l’échelle de l’Inde. Ces lois autorisaient la détention sans procès et semblaient prolonger la répression de guerre en temps de paix. Gandhi appela à un hartal national, c’est-à-dire à une suspension des activités ordinaires. Les protestations coïncidèrent avec le massacre de Jallianwala Bagh à Amritsar, où les troupes britanniques du général Reginald Dyer tirèrent sur une foule enfermée et tuèrent des centaines de personnes. Le massacre durcit l’opinion indienne contre la domination britannique et convainquit de nombreux modérés que la justice impériale avait échoué.
En 1920, Gandhi était devenu la figure dominante du Congrès national indien. Il contribua à transformer le Congrès d’un forum annuel élitaire en une organisation de masse dotée de comités provinciaux, de campagnes d’adhésion et d’un ancrage villageois. Judith Brown a soutenu que la force de Gandhi tenait en partie à ce changement organisationnel. Il donna au nationalisme une forme capable d’inclure paysans, marchands, étudiants et professionnels sans les rendre identiques. Les communautés religieuses entrèrent dans cette politique par leurs propres réseaux et attentes.
Non-Coopération et politique de la discipline
Le mouvement de Non-Coopération commença en 1920. Gandhi demanda aux Indiens de se retirer des institutions britanniques en boycottant les assemblées législatives, les tribunaux, les écoles gouvernementales et les titres honorifiques. Le boycott s’étendit aux tissus importés. Le mouvement promut le khadi, tissu filé à la main, comme symbole du swadeshi, ou autosuffisance. Pour Gandhi, le filage était plus qu’un geste économique. Il liait discipline personnelle, travail villageois et rejet de la dépendance coloniale.
La campagne se diffusa rapidement. Des étudiants quittèrent les écoles gouvernementales, des avocats abandonnèrent leur pratique, des tissus étrangers furent brûlés et des volontaires organisèrent des comités locaux. Le mouvement affaiblit la peur de l’autorité britannique parce que la participation exigeait une non-coopération publique et la disposition à subir l’arrestation, non des armes ou une conspiration secrète.
Gandhi interrompit la campagne en février 1922 après que des manifestants eurent tué des policiers à Chauri Chaura. Beaucoup de nationalistes furent irrités, car le mouvement avait pris de l’élan. Gandhi estimait que la violence prouvait que le pays n’était pas assez discipliné pour une désobéissance civile de masse. La décision révéla un trait central de son leadership : il plaçait la discipline morale au-dessus de l’accélération politique immédiate.
Les Britanniques l’arrêtèrent en mars 1922 et le condamnèrent pour sédition. Dans les années 1920, il passa du temps en prison puis se concentra sur ce qu’il appelait le programme constructif. Ce programme comprenait le filage, les industries villageoises, l’unité hindoue-musulmane et l’assainissement. L’éducation de base et les campagnes contre l’intouchabilité faisaient partie du même effort. Gandhi traitait ces projets comme une partie de l’indépendance. Le swaraj, ou autogouvernement, exigeait selon lui une société capable de se gouverner moralement et économiquement.
Cette vision eut des critiques. Ambedkar soutenait que l’approche gandhienne de l’intouchabilité restait trop limitée, parce qu’elle cherchait une réforme à l’intérieur de la société hindoue et accordait aux Dalits moins de garanties politiques indépendantes qu’Ambedkar ne le voulait. Les critiques marxistes et socialistes jugeaient le filage et l’industrie villageoise insuffisants face à la pauvreté industrielle et à l’inégalité de classe. Ces critiques montrent que la popularité de Gandhi ne régla jamais le sens de la liberté en Inde.
Marche du sel, Désobéissance civile et négociations
Gandhi revint à la confrontation avec le Raj à la fin des années 1920. La Commission Simon, entièrement britannique et chargée d’examiner la réforme constitutionnelle, irrita les partis indiens parce qu’elle ne comptait aucun membre indien. En 1929, la session de Lahore du Congrès déclara le purna swaraj, ou indépendance complète, comme objectif. Gandhi choisit ensuite la taxe sur le sel comme enjeu d’une nouvelle campagne.
Le sel était une cible puissante parce qu’il touchait riches et pauvres, urbains et ruraux, hindous et musulmans. En mars 1930, Gandhi marcha de l’ashram de Sabarmati au village côtier de Dandi avec un petit groupe de disciples. Le 6 avril, il ramassa du sel naturel et enfreignit symboliquement la loi. L’acte était simple, visible et facile à imiter. Dans toute l’Inde, des personnes fabriquèrent du sel illégal et protestèrent devant des dépôts de sel. Les boycotts et les arrestations de masse transformèrent l’action du sel en une campagne plus large de désobéissance civile.
La Marche du sel devint l’un des épisodes les plus célèbres de la protestation anticoloniale. Plus de 60 000 personnes furent arrêtées au cours de la campagne plus large de désobéissance civile. Les journaux internationaux suivirent l’affaire, et les images de manifestants disciplinés faisant face à la répression entamèrent la stature morale de la domination britannique. La campagne du sel transforma une nécessité quotidienne en défi direct à l’autorité impériale.
Des négociations suivirent. Le pacte Gandhi-Irwin de 1931 suspendit la désobéissance civile, libéra de nombreux prisonniers politiques et envoya Gandhi à la deuxième Conférence de la Table ronde à Londres. La conférence ne régla pas l’avenir constitutionnel de l’Inde. À son retour, la répression reprit et la désobéissance civile recommença.
En 1932, Gandhi entama un jeûne contre la proposition britannique d’électorats séparés pour les « Depressed Classes », terme alors employé pour les Dalits. Ambedkar soutenait les électorats séparés comme protection contre la domination des hindous de caste. La crise se termina par le pacte de Poona, qui réserva des sièges aux Dalits dans un électorat hindou commun. Les partisans de Gandhi virent dans le jeûne une défense de l’unité hindoue. Beaucoup de critiques dalits y virent une pression qui limita le pouvoir politique indépendant des Dalits. Shahid Amin et d’autres historiens de la politique populaire ont souligné que l’image de Gandhi circulait souvent au-delà de son contrôle direct ; différentes communautés interprétaient son autorité d’une manière qui ne correspondait pas toujours à ses intentions.
Quit India, partition et assassinat
La Seconde Guerre mondiale créa la crise finale de la domination britannique en Inde. Les Britanniques déclarèrent l’Inde en guerre sans consentement indien. Les ministères du Congrès démissionnèrent en signe de protestation, et l’échec de la mission Cripps de 1942 convainquit Gandhi que la Grande-Bretagne n’offrirait pas une véritable liberté pendant la guerre. En août 1942, le Congrès adopta la résolution Quit India sous la direction de Gandhi. Son appel fut « Do or Die ».
Les Britanniques arrêtèrent Gandhi et la direction du Congrès presque immédiatement. Le mouvement se diffusa alors sans direction centrale. Des protestations, des grèves et des soulèvements locaux apparurent dans de nombreuses régions. Certains groupes attaquèrent les communications, tandis que l’État colonial répondit par une répression sévère. Gandhi fut emprisonné au palais de l’Aga Khan à Poona de 1942 à 1944. Son secrétaire Mahadev Desai y mourut en 1942, et Kasturba Gandhi y mourut en 1944.
Après la guerre, les négociations sur l’indépendance s’accélérèrent. Gandhi s’entretint avec Muhammad Ali Jinnah, dirigeant de la Ligue musulmane, sans résoudre la demande d’un Pakistan. Les violences communautaires entre hindous, musulmans et sikhs s’intensifièrent au Bengale, au Bihar, au Pendjab et à Delhi. Gandhi s’opposa à la partition et passa ses derniers mois à tenter d’arrêter les tueries locales par des tournées à pied, des réunions de prière et des jeûnes.
L’Inde devint indépendante le 15 août 1947, et l’indépendance s’accompagna de la partition entre l’Inde et le Pakistan. Gandhi ne participa pas aux célébrations officielles à Delhi. Il se trouvait à Calcutta, jeûnant et priant au milieu des violences communautaires. Sa présence aida temporairement à calmer la ville. Dans l’ensemble du sous-continent, la partition entraîna déplacements massifs, viols, massacres et fuite des réfugiés. Gandhi vécut assez longtemps pour voir la fin de la domination britannique sans la liberté unie et non violente qu’il avait recherchée.
Le 30 janvier 1948, Gandhi se rendait à une réunion de prière du soir à Birla House, à Delhi, lorsque Nathuram Godse lui tira dessus à bout portant. Godse était un nationaliste hindou qui croyait que Gandhi avait trahi les intérêts hindous en défendant la réconciliation hindoue-musulmane et en pressant l’Inde d’honorer ses engagements financiers envers le Pakistan. L’assassinat de Gandhi choqua l’Inde et le monde. Le meurtre montra à quel point la politique communautaire avait pénétré la dernière phase de l’indépendance.
Signification historique et interprétation
La signification historique de Gandhi ne peut pas être réduite à la sainteté ou à la stratégie. Il fit de la non-violence une méthode politique de masse par l’organisation, le symbolisme, la publicité et la discipline. Il contribua à démocratiser le nationalisme indien et tenta de guider cette participation par de fortes exigences morales. Il défia l’empire, les préjugés de caste et la haine communautaire. Ses réponses à la caste, au genre et à la modernisation économique restèrent contestées.
Ramachandra Guha présente Gandhi comme une figure dont la carrière doit être comprise à travers l’Inde, l’Afrique du Sud, la religion, le droit et le journalisme. La politique de masse relia ces contextes. Judith Brown met l’accent sur le praticien politique qui construisit son influence par l’organisation et le sens du moment. Dennis Dalton insiste sur la logique morale de la non-violence et de la résistance civile. La critique d’Ambedkar oblige tout récit sérieux à examiner les limites de Gandhi sur la caste et la représentation. Ensemble, ces perspectives font de Gandhi un acteur historique plutôt qu’un symbole détaché du conflit.
La conséquence durable de Gandhi fut de rendre la politique anticoloniale visible comme action de masse disciplinée, et non comme simple négociation élitaire. Ses campagnes ne mirent pas fin à elles seules à l’Empire britannique en Inde, et ses idéaux n’empêchèrent pas la partition. Elles changèrent toutefois le répertoire de la protestation moderne. Les mouvements ultérieurs pour les droits civiques et la justice raciale s’inspirèrent de Gandhi. Des mouvements ouvriers et de libération nationale puisèrent dans le même exemple parce qu’il montra comment la souffrance publique, l’organisation et la pression morale pouvaient défier un État puissant.