
Charles Ier entrant à la Chambre des communes lors de la tentative manquée d’arrêter cinq membres du Parlement en janvier 1642. © CS Media.
La guerre civile anglaise naquit d’un conflit prolongé, sous les Stuarts, sur l’impôt, la religion, le droit et le commandement de la force armée. Sous Charles Ier, les désaccords entre la Couronne et le Parlement devinrent un conflit sur la capacité de la prérogative royale à l’emporter sur le consentement parlementaire. Charles estimait pouvoir gouverner sans le Parlement lorsque celui-ci résistait à ses décisions. De nombreux parlementaires soutenaient au contraire que l’impôt et la réparation des griefs exigeaient l’approbation parlementaire.
En 1642, ces disputes avaient dépassé le terrain des discours, des pétitions et des arguments juridiques. La crise politique immédiate ne portait plus seulement sur ce que le roi pouvait faire, mais sur l’autorité capable de commander la force armée du royaume. Lorsque Charles et le Parlement revendiquèrent chacun une autorité légale pour mobiliser des troupes, un conflit constitutionnel devint une guerre civile.
Dans son acception la plus large, la guerre dura de 1642 à 1651 et impliqua l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. Pour cette raison, de nombreux historiens traitent le conflit comme relevant des guerres des Trois Royaumes. La crise politique anglaise entre Charles Ier et le Parlement resta néanmoins centrale dans le déclenchement des combats en 1642.
Prérogative royale et consentement parlementaire
Charles Ier monta sur le trône en 1625, héritant d’une monarchie qui revendiquait de vastes pouvoirs mais dépendait encore du Parlement pour les grands impôts. Le conflit porta d’abord sur les revenus. Le Parlement accorda à Charles les droits de douane connus sous le nom de tonnage and poundage pour une seule année, rompant avec la pratique habituelle qui les accordait pour tout le règne. Charles continua pourtant à les percevoir par prérogative royale, et il tenta aussi de lever de l’argent par un emprunt forcé en 1626. Certains hommes qui refusèrent de payer furent emprisonnés sans procès.
En 1628, le Parlement força Charles à accepter la Petition of Right comme condition de nouveaux subsides. La pétition dénonçait l’imposition sans autorisation parlementaire, l’emprisonnement sans procès, le logement forcé de soldats et l’usage de la loi martiale en temps de paix. La question centrale était de savoir si le roi pouvait traiter le consentement parlementaire comme facultatif tout en affirmant gouverner légalement. Charles accepta la pétition, mais il l’interpréta d’une manière qui laissa des doutes sur sa portée juridique.
La confrontation s’aggrava en mars 1629. Lorsque le président de la Chambre des communes tenta de suspendre la séance sur ordre du roi, trois députés le retinrent pendant que la Chambre adoptait des motions contre les actions royales. Charles dissout le Parlement le même jour et n’en convoqua aucun autre pendant onze ans. Ainsi commença la période plus tard appelée le Gouvernement personnel.
Gouvernement personnel et pression fiscale
Le Gouvernement personnel dura de mars 1629 à avril 1640. Ce ne fut pas une période de désordre permanent. L’Angleterre connut une paix relative, et la Couronne tenta de gouverner par les institutions existantes et par des arguments juridiques. Cependant, les politiques fiscales de Charles convainquirent de nombreuses élites politiques que le roi cherchait à rendre le Parlement inutile.
Le dispositif le plus controversé fut le ship money. Traditionnellement, les communautés côtières pouvaient être tenues de fournir des navires pour la défense navale. Charles transforma cette pratique en prélèvement monétaire et l’étendit aux comtés de l’intérieur. Le Parlement n’avait pas autorisé ce prélèvement élargi, de sorte que les opposants y virent un impôt déguisé en ancienne obligation. Le ship money rendit le conflit fiscal concret, car il transforma la prérogative royale en exigence nationale récurrente.
Le conflit fiscal toucha aussi les groupes urbains et commerciaux. Une pétition de Londoniens en septembre 1640 se plaignait du ship money, des monopoles, des brevets, des innovations religieuses, de la rare convocation et de la dissolution rapide des parlements, ainsi que des emprisonnements pour non-paiement. Cette pétition importe parce qu’elle montre comment plusieurs griefs convergeaient : les finances royales, la politique religieuse et le gouvernement arbitraire pouvaient être interprétés comme les parties d’un même problème politique.
Religion et gouvernement arbitraire
La religion donna au conflit constitutionnel un caractère plus dangereux. Charles Ier était protestant, mais beaucoup de ses opposants se méfiaient de l’orientation cérémonielle de sa politique ecclésiastique. Son archevêque de Cantorbéry, William Laud, encouragea des réformes qui insistaient sur l’ordre, la cérémonie et l’autorité épiscopale. Pour les puritains et d’autres critiques, ces réformes semblaient dangereusement proches de pratiques catholiques, surtout parce que l’épouse de Charles, Henriette-Marie, était catholique.
Il ne s’agissait pas seulement d’une dispute théologique. Au XVIIe siècle, la structure de l’Église était étroitement liée à celle de l’autorité politique. Les évêques siégeaient à la Chambre des lords, la conformité religieuse soutenait l’autorité royale, et les craintes protestantes d’une conspiration catholique pesaient sur le jugement politique. Pour beaucoup de critiques de Charles, l’« innovation religieuse » signifiait que le roi utilisait l’Église pour renforcer l’obéissance à sa propre prérogative.
La crise devint plus dangereuse lorsque Charles tenta d’imposer un nouveau livre de prières à l’Écosse en 1637. Les opposants écossais, appelés covenanters, rejetèrent cette politique et organisèrent la résistance par le National Covenant de 1638. Leur résistance révéla un problème plus large du gouvernement Stuart : Charles gouvernait plusieurs royaumes, mais il tentait d’imposer l’uniformité religieuse et politique à des sociétés dotées d’institutions et de traditions différentes.
Les guerres des Évêques et le retour du Parlement
Charles tenta de vaincre les covenanters écossais par la force, mais la guerre exigeait de l’argent. Comme il avait gouverné sans Parlement pendant onze ans, en convoquer un en 1640 revenait à rouvrir tous les griefs accumulés depuis 1629. Le Court Parlement se réunit en avril 1640, mais la Chambre des communes refusa de discuter des subsides avant d’examiner ses plaintes. Charles le dissolut en moins d’un mois.
La seconde guerre des Évêques révéla la faiblesse de la position de Charles. L’armée écossaise battit les forces anglaises mal payées, envahit le nord de l’Angleterre et atteignit Newcastle. Selon l’accord d’octobre 1640, Charles devait payer l’armée covenanter jusqu’à son départ d’Angleterre. Il ne pouvait remplir cette obligation sans le Parlement, et il convoqua donc un nouveau Parlement en novembre 1640. Celui-ci devint le Long Parlement.
Les guerres des Évêques transformèrent ainsi une dispute intérieure en urgence constitutionnelle. Charles avait évité le Parlement pour préserver la liberté d’action royale, mais la défaite en Écosse le força à revenir vers l’institution qu’il avait tenté de contourner. À partir de ce moment, le Parlement put négocier en position de force au lieu de seulement demander réparation depuis une position de faiblesse.
Le Long Parlement et la fin du Gouvernement personnel
Lorsque le Long Parlement se réunit en novembre 1640, les deux chambres étaient presque unies dans leur condamnation des politiques non parlementaires du Gouvernement personnel. Leur première grande cible fut Thomas Wentworth, comte de Strafford, l’un des ministres les plus puissants de Charles. Strafford fut mis en accusation, puis condamné par un Acte d’attainder, et exécuté en mai 1641 après que Charles eut donné son assentiment avec réticence.
Le Parlement attaqua ensuite la machinerie juridique et institutionnelle qui avait soutenu le Gouvernement personnel. Il adopta des mesures pour garantir des réunions parlementaires régulières, empêcher la dissolution sans son propre consentement, abolir les tribunaux de prérogative que les critiques voyaient comme des menaces contre la common law, et déclarer illégale l’imposition non parlementaire, comme le ship money. Le Long Parlement ne se contenta pas de dénoncer le gouvernement de Charles ; il tenta de rendre juridiquement impossible un nouveau Gouvernement personnel.
La religion resta centrale dans ce programme. William Laud fut mis en accusation, et le Root and Branch Bill proposa de retirer les évêques de l’Église d’Angleterre et de réformer l’Église selon des lignes presbytériennes. Cela divisa le Parlement lui-même, car tous les critiques de Charles ne voulaient pas abolir l’épiscopat ou refaire l’Église anglaise. Par conséquent, la coalition contre le Gouvernement personnel commença à se fracturer lorsque la question passa de la limitation des abus à la reconstruction de l’Église et de l’État.
L’Irlande, la Grande Remontrance et l’armée
En octobre 1641, une rébellion éclata en Irlande. Des insurgés catholiques irlandais attaquèrent des colons protestants anglais et écossais, et les récits de violence se propagèrent rapidement en Angleterre. Beaucoup de protestants interprétèrent la rébellion à travers le langage de la conspiration catholique, et certains craignirent qu’on ne puisse confier à Charles une armée levée pour la réprimer.
Cette peur donna forme à la Grande Remontrance, rédigée par John Pym et ses alliés. Le texte énumérait les abus supposés de Charles depuis 1625 et les liait aux inquiétudes concernant l’influence catholique, les mauvais conseillers, l’imposition arbitraire et les changements religieux. La mesure fut adoptée par la Chambre des communes en novembre 1641 avec seulement onze voix d’écart, et Charles la rejeta. Le vote serré montra que le Parlement n’était plus uni : certains membres craignaient le roi, tandis que d’autres craignaient l’orientation radicale de la direction parlementaire.
La rébellion irlandaise rendit la crise pratique, et non seulement idéologique. Il fallait une armée, mais la question était de savoir qui la commanderait. Si Charles contrôlait l’armée, les parlementaires craignaient qu’elle puisse être utilisée contre eux. Si le Parlement contrôlait l’armée, Charles estimait que son autorité royale serait vidée de sa substance. La dispute sur l’armée transforma donc la théorie constitutionnelle en lutte directe pour le pouvoir coercitif.
Des arrestations manquées à l’autorité militaire rivale
Le 4 janvier 1642, Charles entra à la Chambre des communes avec une garde armée pour arrêter cinq membres du Parlement, dont John Pym. La tentative échoua parce que les membres étaient déjà partis, et le président William Lenthall refusa de révéler leur emplacement sans l’autorisation de la Chambre. La tentative manquée d’arrestation confirma la crainte que le roi puisse employer la force contre le Parlement. Depuis lors, aucun monarque n’est retourné à la Chambre des communes.
Charles quitta Londres peu après. En mars 1642, le Parlement adopta la Militia Ordinance, qui plaçait le contrôle des forces armées des comtés entre les mains de ses partisans. L’ordonnance ne reçut pas l’assentiment royal, et elle n’était donc pas une loi au sens ordinaire. Charles répondit par des commissions of array pour organiser ses propres partisans dans les comtés. À ce stade, les deux camps revendiquaient une autorité légale pour mobiliser la force armée.
La confrontation constitutionnelle finale arriva avec les Nineteen Propositions en juin 1642. Le Parlement exigea le contrôle de la défense, de la politique étrangère, des ministres royaux, de l’éducation et des mariages des enfants du roi, ainsi que d’autres domaines centraux du gouvernement. Charles rejeta ces exigences, affirmant qu’elles détruiraient l’ancien équilibre de la constitution. Après ce refus, les deux camps se préparèrent ouvertement à la guerre.
En août 1642, Charles leva son étendard à Nottingham. Cet acte marqua le début de la première guerre civile anglaise entre royalistes et parlementaires. La guerre eut plusieurs causes, mais son origine politique immédiate résidait dans l’effondrement de la confiance sur la question de savoir qui pouvait gouverner, lever l’impôt, réformer l’Église et commander l’armée.
Royalistes et parlementaires
La division entre royalistes et parlementaires ne fut pas une simple division entre l’ancien et le nouveau, ni entre aristocrates et gens du commun. Les royalistes comprenaient beaucoup d’hommes qui pensaient que la monarchie, les évêques et l’ordre social étaient nécessaires pour éviter le chaos. Les parlementaires comprenaient beaucoup d’hommes qui craignaient l’imposition arbitraire, l’influence catholique et le gouvernement sans consentement représentatif. Londres, avec ses intérêts commerciaux et sa forte présence puritaine, devint particulièrement importante pour la cause parlementaire.
Les tensions sociales et économiques comptaient, mais elles ne déterminaient pas seules les loyautés. La croissance de la petite noblesse terrienne, la gentry, l’assurance politique des élites commerciales et le ressentiment envers les monopoles et les prélèvements forcés contribuèrent à créer l’opposition au gouvernement de Charles. En même temps, les loyautés variaient selon les régions, la religion, les liens familiaux, les intérêts locaux et la peur du désordre. La guerre civile fut politique à son point de rupture, mais la crise politique tira sa force de griefs religieux, sociaux et économiques.
Interprétations historiques
Les historiens ont interprété la guerre civile de plusieurs manières. L’ancienne interprétation whig traitait le conflit comme une lutte constitutionnelle entre un roi absolutiste et un Parlement réformateur. Plus tard, des historiens marxistes interprétèrent la Révolution anglaise comme un conflit de classes dans lequel des groupes commerciaux et propriétaires soutenaient la liberté parlementaire contre un ordre féodal plus ancien.
Depuis les années 1970, les historiens révisionnistes ont remis en cause ces deux grandes explications. Ils ont davantage insisté sur les loyautés locales, le caractère et les décisions de Charles Ier, le problème du gouvernement de plusieurs royaumes et les conflits religieux qui reliaient l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. Certains travaux récents donnent à la religion une place centrale, en traitant la guerre civile comme une partie des guerres de religion plus larges qui touchèrent l’Europe à la même époque.
Ces interprétations ne sont pas incompatibles à tous égards. La politique fiscale de Charles affaiblit la confiance dans le gouvernement royal ; sa politique religieuse fit craindre à beaucoup de protestants un retour vers des formes catholiques ; ses revendications constitutionnelles menaçaient le rôle du Parlement dans l’impôt et la réparation des griefs ; et la rébellion irlandaise ainsi que la crise de la milice firent de la force armée la question centrale. La guerre commença lorsque ces disputes cessèrent d’être séparables et devinrent une seule lutte pour la souveraineté.
Conclusion
L’origine politique de la guerre civile anglaise résida dans l’incapacité des institutions anglaises à résoudre un conflit sur le consentement, la religion et le pouvoir coercitif. Charles Ier croyait que la Couronne pouvait gouverner par prérogative lorsque le Parlement l’entravait. Les chefs parlementaires estimaient que l’usage de la prérogative par le roi était devenu une menace pour la loi, le protestantisme et les libertés du sujet. Pendant des années, ce conflit put encore se jouer par des pétitions, des dissolutions, des tribunaux et des votes parlementaires.
En 1642, toutefois, la question avait changé. Il ne s’agissait plus seulement de savoir si Charles avait mal gouverné ou si le Parlement avait protesté trop vigoureusement. La question immédiate était de savoir qui pouvait commander la force armée du royaume. Dès lors que le roi et le Parlement créèrent des revendications rivales d’autorité militaire, le conflit institutionnel devint une guerre civile.