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Révolution Française : Résumé, Causes et Phases

Nobles français emmenés par des révolutionnaires. © CS Media.

La Révolution française (1789-1799) fut une période de changements majeurs en France. Elle fut provoquée par une série de crises dans le pays, qui ont fourni le contexte pour la prolifération des idées des Lumières. Elle a commencé lorsque la bourgeoisie a voulu se débarrasser des privilèges accordés aux clergés et nobles, mais elle s’est rapidement transformée en quelque chose de bien plus grand. La Révolution instaurera une monarchie constitutionnelle en France, puis abolira complètement la monarchie. Pendant ce temps, les puissances étrangères ont tenté en vain d’arrêter la marée révolutionnaire. La Révolution française ouvrira des brèches dans le système d’États modernes en Europe et se terminera en 1799, avec l’ascension au pouvoir de Napoléon Bonaparte.

Selon l’historien Eric Hobsbawm dans son livre L’Ère des Révolutions, la Révolution française était la plus importante de son époque, en raison de quelques caractéristiques particulières qu’elle avait. Elle s’est produite dans le pays le plus puissant et le plus peuplé d’Europe, à l’exception de la Russie. De plus, elle a impliqué les masses et était « incomparablement plus radicale que tout autre soulèvement comparable ». Enfin, c’était une révolution œcuménique, car ses idéaux résonneraient dans le monde entier.

Résumé de la Révolution française

  • Elle a été causée par une série de crises politiques, sociales, économiques et administratives qui ont bouleversé le règne absolutiste de Louis XVI.
  • Elle a commencé lorsque le gouvernement a voulu taxer les clergés et les nobles, tous deux l’ont rejeté, et le peuple a voulu instaurer une Constitution française, afin de limiter les pouvoirs et privilèges des classes supérieures.
  • Après la prise de la Bastille, le peuple se divise en factions mal définies : les Girondins (la Droite), les Jacobins (la Gauche), La Plaine ou Le Marais (le Centre) et les Sans-Culottes (l’Extrême Gauche).
  • La 1ère phase de la Révolution fut l’Assemblée nationale, dominée par les Girondins, qui instaura une Monarchie constitutionnelle et abolit certains privilèges de classe.
  • La 2ème phase de la Révolution fut la Convention nationale, dominée par les Jacobins et les Sans-Culottes, qui instaura une République et introduisit des mesures radicales, telles que des exécutions de masse (la Terreur).
  • La 3ème et dernière phase de la Révolution fut le Directoire, dominé par les Girondins, qui maintint la République, mais abolit la plupart des mesures radicales de la période précédente. Bien que le Directoire ait été un échec domestique, il a remporté plusieurs guerres contre des adversaires étrangers. Ces victoires renforceraient l’image publique de l’Armée, en particulier celle de Napoléon Bonaparte.
  • Enfin, Napoléon réalisa sa popularité et en profita pour orchestrer un coup d’État, mettant fin à la Révolution française et débutant l’Ère napoléonienne.

Causes de la Révolution

Dans les années précédant 1789, la France traversait d’énormes crises dans tous les aspects de la vie. Ces problèmes se renforçaient mutuellement et contribuaient à saper la stabilité du régime monarchique sous le roi Louis XVI.

  • Crise politique : Depuis le règne de Louis XIV (1643-1715), le Roi Soleil, les Français ont adopté une forme très répressive de absolutisme européen. Le monarque régnait sur tout et l’opposition n’était jamais autorisée à prospérer. Le Roi Soleil fut succédé par Louis XV (1715-1774) et Louis XVI (1774-1792). Ce dernier avait peu de rapport avec la société française, ce qui était exemplifié par le rejet social de la reine Marie Antoinette — à qui on attribue la phrase « Qu’ils mangent de la brioche » en réponse à la nouvelle que les paysans n’avaient pas de pain, bien qu’il n’y ait aucune preuve de cela. L’opposition aux royals conduirait à la diffusion d’idées extrêmement radicales des Lumières.
  • Crise sociale : La société française était extrêmement inégale. Le Premier Ordre (le clergé) et le Second Ordre (la noblesse) constituaient une infime minorité de la population, mais ils jouissaient de certains privilèges : ils avaient des terres en abondance et ne payaient pas d’impôts. Pendant ce temps, le Tiers-État finançait à la fois le gouvernement et les deux autres ordres. Il était composé de paysans, de travailleurs urbains, de prêtres pauvres et de la bourgeoisie, qui avait plus de pouvoir économique que les autres, mais restait dépourvue de pouvoir politique. Avec l’ascension de la classe marchande, celle-ci ressentit le besoin d’abolir les privilèges sociaux consacrés par le régime.
  • Crise économique : Pendant longtemps, on a pensé que les dépenses engagées par le clergé et la noblesse pesaient lourdement sur le budget de l’État. Aujourd’hui, nous savons que ces dépenses étaient relativement insignifiantes, et que les problèmes économiques de la France pré-révolutionnaire avaient d’autres causes. Premièrement, les Français se sont engagés dans des conflits comme la Guerre de Sept Ans, et ils ont aidé les États-Unis à devenir indépendants — les deux à un coût majeur. Deuxièmement, la fabrication française a été perturbée par les Britanniques suite à la célébration d’un accord commercial entre eux, l’Traité Eden-Rayneval. Troisièmement, un orage de grêle dévastateur et un hiver rigoureux se sont abattus sur la France en 1788-1789, entraînant une très mauvaise récolte et la famine des paysans. Enfin, les nobles avaient peu de raisons de se réjouir, car ils devaient d’énormes sommes d’argent à la bourgeoisie.
  • Crise administrative : L’État français avait besoin d’être réformé, car les dépenses étaient incontrôlables tandis que les revenus étaient à la traîne. Certains ministres et conseillers ont tenté de réformer les affaires de l’État, mais leurs efforts ont été contrecarrés. Un cas d’école est celui d’Anne Robert Jacques Turgot, un économiste qui a été Contrôleur général des finances. En tant que défenseur de la Physiocratie, il a tenté de réduire les emplois gouvernementaux confortables (sinécures) et les pensions publiques. Cependant, ses politiques de libéralisation ont reçu peu de soutien du reste du gouvernement et du marché. En 1776, il a été contraint de remettre sa démission de son poste.

Selon l’historien Michel Vovelle, la Révolution française peut être envisagée de deux manières. L’une d’elles est comme une « révolution de la pauvreté », considérant que les paysans vivaient dans un état précaire et ont décidé de prendre des mesures radicales suite à l’augmentation des prix des denrées alimentaires. L’autre est comme une « révolution de la prospérité », considérant que c’est la bourgeoisie qui était responsable de prendre l’initiative, car elle voulait assurer la continuité de sa propre prospérité. Certains auteurs, comme Edward Burns, privilégient ce dernier point de vue, car ils soulignent que les pauvres ne rejoindraient la Révolution qu’après qu’elle ait été déclenchée par la bourgeoisie.

Le Début : Les États Généraux et la Bastille

En 1787, l’État français était confronté à des montants croissants de dépenses, et ses niveaux inquiétants de dette rendaient peu probable que des créanciers privés prennent en charge la facture. Toutes les recettes gouvernementales provenaient du Tiers-État, mais elles étaient insuffisantes. C’est pourquoi Charles Alexandre de Calonne, un ministre libéral, voulait commencer à percevoir des impôts auprès du clergé et de la noblesse. Étant donné que les deux avaient d’énormes fortunes et des terres abondantes, une telle mesure résoudrait probablement les problèmes financiers de la France. Ainsi, Calonne a sélectionné une Assemblée des Notables pour approuver les nouveaux impôts, mais son plan s’est effondré lorsque les nobles ont rejeté l’idée.

À la demande de l’Assemblée des Notables, Louis XVI convoqua les États Généraux, un parlement représentant les ordres du royaume et qui conseillait simplement le monarque. Rarement cette institution avait été convoquée dans l’histoire de la France, donc le simple acte de l’assembler en dit long sur l’impasse dans laquelle la politique française se trouvait. Les États Généraux se sont réunis en 1789, au début accordant une voix à chacun des trois ordres sociaux. En conséquence, le clergé et la noblesse ont surclassé le peuple par 2 contre 1 et ont rejeté la proposition d’introduire des impôts qui les affecteraient négativement.

C’est une peinture d’Auguste Couder qui capture méticuleusement le commencement des États-Généraux à Versailles à l’aube de la Révolution française. La grande salle est baignée de lumière, soulignant l’architecture détaillée et la décoration opulente de l’époque. Plusieurs groupes sont représentés : le clergé en robes blanches, la noblesse en tenue somptueuse et les tiers-états, plus modestement vêtus. Le point central est l’orateur qui se tient devant l’assemblée, s’adressant aux états réunis. Le roi Louis XVI et la reine Marie Antoinette sont représentés assis dans une loge au-dessus, entourés de courtisans et de dignitaires. Les membres de l’assemblée, disposés sur des bancs selon leurs états respectifs, sont représentés dans divers états d’attention et de discussion, reflétant les tensions sociales et politiques de l’époque. L’atmosphère est une d’anticipation et de gravité, car cette réunion allait préparer le terrain pour des changements monumentaux dans la société française.
« Séance d’ouverture de l’Assemblée générale, 5 mai 1789 », par Auguste Couder, montrant l’inauguration des États Généraux. Image du domaine public.

Le Tiers-État a d’abord réagi en demandant un changement dans les règles de vote, afin de pouvoir s’allier à des clergés et des nobles dissidents. Néanmoins, non seulement Louis XVI a rejeté cette proposition, mais il a également pris des mesures de rétorsion contre les États Généraux. Le Roi a souligné la séparation des trois ordres, a annulé les décrets du corps et a dicté ce qu’il devrait approuver à la place. Lorsque cela n’a pas suffi à calmer l’opposition, il a fermé les États Généraux.

À ce stade, le peuple ordinaire et la bourgeoisie n’avaient aucune intention d’arrêter la réorganisation de la politique, de l’économie et de la société françaises. Ainsi, le 20 juin 1789, les représentants du Tiers-État se sont réunis dans un court de tennis voisin et ont juré de négocier et d’instaurer une constitution limitant le pouvoir du roi. Sur les 577 représentants, un seul n’a pas rejoint le Serment du Jeu de Paume : Joseph Martin-Dauch, qui a décidé qu’il suivrait les ordres du monarque.

Au début, Louis XVI a ressenti la pression sociale et a accepté le plan d’élaboration d’une constitution. Pourtant, alors que les constituants discutaient, il y avait une peur constante que Louis XVI ordonne une attaque militaire contre l’assemblée. Lorsqu’il est devenu public que des troupes fidèles à la monarchie étaient rassemblées, le Tiers-État a réalisé la prise de la Bastille — une prison presque abandonnée qui restait un symbole du pouvoir royal. Les révolutionnaires ont pris les armes et ont commencé à lutter contre la monarchie, lançant ainsi la Révolution française.

Divisions Politiques au Sein de la France Révolutionnaire

Pendant la Révolution française, le Tiers-État s’est divisé en différents groupes. Chacun d’eux tendait vers une partie différente du spectre politique, mais aucun d’entre eux n’était des partis politiques organisés. Plutôt, ils étaient des ensembles de personnes loose associées qui partageaient des croyances idéologiques. Voici les groupes les plus importants :

  • Girondins : Ils étaient des membres de la haute bourgeoisie, comme des professionnels indépendants et des membres de la classe moyenne. Ils s’asseyaient généralement sur les sièges les plus à droite lors des réunions du Tiers-État, et pour cette raison, leurs idées sont devenues connues comme les idées de la Droite. Ils défendaient des politiques modérées telles que l’adoption du libéralisme économique et le maintien de Louis XVI au pouvoir, bien que limité par une constitution.
  • Jacobins : Ils étaient des membres de la basse bourgeoisie, comme de petits commerçants et des travailleurs urbains dans les usines de fabrication. Ils occupaient généralement les sièges les plus à gauche dans les assemblées du Tiers-État, et ainsi leurs idées sont devenues connues comme les idées de la Gauche. Ils soutenaient des mesures plus radicales, telles que le remplacement de la Monarchie par une République, l’égalisation des droits sociaux et l’intervention dans l’économie. Afin de faire avancer leur idéologie, ils se tournaient souvent vers la violence politique.
  • La Plaine ou Le Marais : Ils étaient des politiciens non engagés qui n’adhéraient pas à une idéologie unique, ne faisaient pas partie d’aucun club politique et manquaient de leadership. Leur désignation vient du fait qu’ils s’asseyaient généralement au niveau du sol dans les assemblées du Tiers-État. En termes d’idéologie, ils étaient des modérés qui s’alliaient soit avec les Girondins, soit avec les Jacobins de façon sporadique.
  • Sans-Culottes : Issus des classes sociales les plus basses, ils représentaient les paysans et les pauvres des villes. De ce fait, ils adoptèrent des idéaux d’extrême gauche, tels que la démocratie directe (la participation du peuple à la politique sans intermédiaires) et une forte intervention de l’État dans l’économie, afin de contrôler les prix. Généralement, ils ne s’alliaient qu’avec les Jacobins.

1ère Phase : Assemblée Nationale (1789-1792)

Après que le peuple a pris d’assaut la Bastille et pris les armes, certains politiciens sans notoriété nationale formèrent la Commune de Paris. C’était une assemblée municipale contrôlée par les Jacobins, où il y avait des critiques envers le gouvernement national. Pendant ce temps, la Révolution française entrait dans sa première phase, l’Assemblée Nationale, qui tire son nom de l’institution qui élaborait une constitution pour l’ensemble du pays.

Cette phase était caractérisée par l’ascension au pouvoir des Girondins, qui devaient faire face à une situation connue sous le nom de Grande Peur : partout dans le pays, les paysans craignaient que le manque de nourriture fasse partie d’un complot aristocratique visant à les affamer. En conséquence, ils s’armèrent et commencèrent à attaquer la noblesse, menaçant jusqu’à la stabilité de la société française. Pendant ce temps, les représentants du Tiers-État à Paris craignaient que les paysans ne se dirigent vers la capitale. Afin d’éviter une telle perturbation, les Girondins adoptèrent des politiques modérées destinées à rassurer les paysans sur la valeur de la Révolution :

  • Abolition des droits féodaux : Bien que le féodalisme soit révolu depuis longtemps, certains privilèges qui y étaient associés persistaient en France. Nobles et clergé avaient le monopole de la terre, et le Tiers-État devait payer certaines taxes et redevances à la noblesse. Tout cela prendrait fin immédiatement.
  • Confiscation des biens de l’Église : Chaque parcelle de terre et argent que possédait l’Église catholique fut saisie par le gouvernement. Ces actifs serviraient à soutenir une nouvelle monnaie papier créée par les révolutionnaires, appelée un assignat, afin d’éviter les faillites généralisées. Malheureusement, les assignats n’ont pas réussi à maîtriser l’inflation et l’économie s’est effondrée.
  • Promulgation de la Constitution civile du clergé : Les membres du clergé seraient considérés comme des employés du gouvernement, plutôt que de l’Église. Ils furent forcés de renoncer à la règle du Pape au profit des principes établis par l’Assemblée Nationale — y compris le fait que les officiels de l’Église seraient élus plutôt que choisis par Rome. Confrontés à ces changements, certains prêtres les acceptèrent, formant le Clergé constitutionnel, tandis que d’autres les rejetaient entièrement, formant le Clergé réfractaire.
  • Promulgation de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : Il s’agissait d’un document sur les droits humains qui annonçait les valeurs principales de la Révolution française — Liberté, Égalité et Fraternité. Basée sur les idéaux des Lumières, elle établissait que tous les hommes étaient égaux devant la loi et méritaient d’être libres et de posséder des biens privés. Toutefois, la Déclaration n’envisageait pas d’idées sur le bien-être économique des masses.
  • Promulgation de la Loi Le Chapelier : Afin d’extirper les dernières traces de mercantilisme de France, cette législation prescrivait le libre-échange comme norme. Cependant, la liberté économique des travailleurs était limitée par l’interdiction de former des guildes (versions précoces des syndicats) et par l’interdiction du droit de grève. Cette loi allait manifestement à l’encontre des intérêts des masses, mais fut mise en œuvre quand même, comme moyen de stabiliser le pays.

Par la suite, l’Assemblée Nationale a transformé la France en une monarchie constitutionnelle après l’approbation de la Constitution de 1791. Elle consacrait le principe de la séparation des pouvoirs, assurant que le roi ne régnerait pas de manière absolutiste. Elle maintenait la séparation de l’Église et de l’État qui était déjà apparue lors de la nationalisation du clergé. Comme preuve du contrôle girondin sur les constituants, le droit de vote était limité aux hommes propriétaires — excluant ainsi les femmes et les pauvres. De ce fait, seulement environ 15 % de la population française pouvait voter. Enfin, afin de sécuriser le soutien populaire pour le gouvernement révolutionnaire, la Constitution dictait que des fêtes nationales devaient être organisées, principalement dans des espaces ouverts et en dehors des principales places parisiennes.

Il s’agit d’une gravure colorée détaillée qui capture une Fête Nationale pendant l’époque de la Révolution Française. La scène est une vue aérienne d’une célébration en plein air élaborée, probablement dans une grande place publique ou un jardin. Les festivités sont représentées avec une organisation précise, avec des rangées de spectateurs des deux côtés, certains sous l’abri de tentes rayées et d’autres à l’air libre. Les participants sont vêtus de vêtements d’époque, les femmes en longues robes et les hommes en manteaux et chapeaux. Au centre, il y a une grande formation circulaire de participants, entourée de soldats en uniforme et d’une foule disciplinée. Plusieurs régiments défilent en formation vers une structure ornée de style arc de triomphe. L’arrière-plan montre un palais et des paysages ruraux, suggérant que cet événement se déroule dans un vaste terrain royal ou public. La représentation globale est celle d’une célébration grandiose et ordonnée, avec un sentiment de joie et de fierté nationale.
La Fête de la Fédération était un événement massif à Paris, en 1790, pour célébrer la Révolution française. Image anonyme fournie par le Musée de la Révolution française et sous licence CC BY-SA 4.0 DEED.

La première phase de la Révolution française a suscité une opposition internationale significative de la part des monarchies absolutistes d’Europe. Toutes étaient terrifiées à l’idée d’être renversées et ont rapidement formé des coalitions internationales pour lutter contre les révolutionnaires français. Pendant ce temps, la famille royale tenta de fuir en Autriche, mais Louis XVI fut arrêté et forcé de ratifier la Constitution de 1791. Ces événements renforcèrent l’instabilité de la Révolution et donnèrent naissance à une autre phase, avec des changements significatifs en politique, en société et en économie.

2ème Phase : Convention Nationale (1792-1794)

Cette phase était la plus radicale de la Révolution française, dominée par les Jacobins avec le soutien des Sans-Culottes. À cette époque, les paysans et les travailleurs urbains étaient déçus du retard dans la mise en œuvre des réformes sociales et s’opposaient fermement aux actions contre-révolutionnaires des autres puissances européennes. Cela a fait croître exponentiellement leur ferveur révolutionnaire et a entraîné un radicalisme tant sur le plan intérieur qu’international.

À l’intérieur des frontières françaises, le calendrier grégorien fut remplacé par le calendrier révolutionnaire français. Ce changement avait pour intention d’éliminer toutes les influences religieuses et royalistes du calendrier. Le nouveau système comptait le temps à partir du 1er janvier 1789, considéré comme le début de l’An I, l’Année de la Liberté. Cela changerait en 1792, lorsque les révolutionnaires français renverseraient la monarchie, exécuteraient sommairement la famille royale et établiraient une République — c’était une manière de répondre aux souhaits du peuple. Dès lors, la première année du calendrier serait 1792, symbolisant la République elle-même.

La Convention nationale était censée être un gouvernement provisoire et devait céder son pouvoir à un gouvernement régulier. Néanmoins, cet arrangement a persisté pendant assez longtemps, et la Convention a élaboré la Constitution de 1793, avec les points saillants suivants :

  • Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.
  • Suffrage universel masculin.
  • Réforme agraire : redistribution des terres, des propriétaires fonciers aisés vers la paysannerie, sans compensation pour ceux qui perdaient leurs terres.
  • Éducation publique gratuite.
  • Pensions pour les veuves et les orphelins.
  • Loi du Maximum Général : un plafonnement des prix des biens et services. Cette mesure a été imposée au gouvernement par les Sans-Culottes et elle a contribué à assurer l’alimentation correcte de la population urbaine.

Pendant cette phase de la Révolution française, les Jacobins se sont accrochés au pouvoir en mettant en œuvre ce qui est devenu connu sous le nom de Terreur : une série de massacres et d’exécutions qui ont frappé les opposants du régime. Dans une large mesure, ce bain de sang a été perpétré par le Comité de salut public, un organe chargé de protéger la nouvelle république contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Le leader le plus notable du Comité était Maximilien Robespierre, qui fut essentiel à l’expansion des tueries (bien qu’il ne les ait pas commencées). Selon Eric Hobsbawm, la violence indiscriminée était probablement le seul moyen de sauver la Révolution et, peut-être, même la France elle-même en tant que pays.

Cette peinture historique dépeint l’exécution de Marie-Antoinette pendant la Révolution française. La scène se déroule sur une place publique, grouillante de spectateurs et de soldats. Au centre se dresse une guillotine en bois, dont la lame est levée haut dans un ciel brumeux. Marie-Antoinette, vêtue d’une simple robe blanche, est représentée à l’instant précédant son exécution, sa dignité royale encore évidente malgré ses circonstances. Elle est entourée de bourreaux et de gardes, certains la maintenant tandis que d’autres préparent l’instrument de mort. La foule, composée de civils et de militaires, regarde avec une gamme d’émotions. Certains affichent des signes de détresse, tandis que d’autres semblent impassibles. L’arrière-plan comporte des bâtiments classiques, évoquant le cadre parisien. L’atmosphère générale de la peinture est sombre, capturant un moment tristement célèbre et macabre de l’histoire.
Exécution de la reine Marie-Antoinette à la guillotine. De nombreuses exécutions similaires auraient lieu. Image par un auteur inconnu, fournie par Art Resource, domaine public.

Sur le plan international, la France a dû affronter les monarchies absolutistes d’Europe, qui ont constitué la Première Coalition dans le but de supprimer la Révolution. Révolutionnaires et contre-révolutionnaires voulaient la guerre, car tous deux pensaient pouvoir la gagner. Au début, les révolutionnaires ont remporté certaines batailles tandis qu’ils en perdaient d’autres. Plus tard, l’armée française s’améliorera considérablement, aidant à changer le cours du conflit. Suivant une logique de guerre totale, les Français ont inauguré la conscription et ont fait de chaque citoyen un combattant. De plus, l’armée ne récompenserait plus ses membres en fonction de leur rang social — l’adoption de la méritocratie signifiait que les meilleurs soldats et officiers monteraient en grade dans la carrière militaire, et guideraient ensuite leurs subordonnés vers de plus en plus de victoires.

Grâce à l’armée, la France a pu arrêter la Première Coalition. Pourtant, sur le plan domestique, la situation était critique. Au milieu de la Terreur, les Jacobins se sont divisés en deux factions opposées. Les Ultras, menés par Jacques Hébert, préconisaient des mesures de répression plus fortes que celles déjà en place et faisaient campagne pour plus de mesures contre les intérêts de l’Église catholique. En revanche, les Citras, dirigés par Georges Danton, étaient fermement opposés à la Terreur et voulaient y mettre fin complètement. Robespierre considérait les deux factions d’un mauvais œil et a mis en œuvre une purge contre elles, mais cela ne fit que l’éloigner davantage des Jacobins dans leur ensemble.

Dans le coup d’état du 9 Thermidor, les factions girondines ont profité du schisme jacobin et ont pris le pouvoir dans le processus appelé Réaction thermidorienne. Robespierre et ses partisans, quant à eux, furent condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire. Ils seraient exécutés à la Place de la Révolution — c’est-à-dire au même endroit où ils avaient tué leurs ennemis.

3ème phase : le Directoire national (1794-1799)

C’était la dernière phase de la Révolution française. C’était une période conservatrice, dans laquelle la politique était dominée par les Girondins, avec le soutien de la majorité des députés de la Plaine ou du Marais. À cette époque, les Girondins estimaient que les réformes jacobines étaient allées trop loin, menaçant la stabilité de la France. C’est pourquoi le nouveau gouvernement a cherché à défaire une grande partie de ce qui avait été fait auparavant, et la promulgation d’une nouvelle Constitution entièrement différente en est l’exemple. Voici les points saillants de la Constitution de 1795 :

  • Fin du suffrage universel masculin : Les droits de vote sont redevenus restreints aux propriétaires. Cela signifiait que les masses étaient à nouveau exclues de la politique.
  • Fin de la réforme foncière.
  • Rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises : Cela encouragerait la révolte des esclaves en Haïti, dans les Caraïbes, conduisant finalement à l’indépendance.
  • Établissement d’un pouvoir exécutif partagé : Le pouvoir était partagé par cinq directeurs, parmi lesquels les Girondins prévalaient. Ce fait explique pourquoi cette phase de la Révolution fut appelée le Directoire.
  • Établissement d’un pouvoir législatif bicaméral : le Conseil des Cinq-Cents était la chambre basse, tandis que le Conseil des Anciens (ou Conseil des Sages) était la chambre haute.

Bien que la Terreur ait pris fin, de nombreuses personnes du peuple étaient mécontentes des reculs en matière de politiques sociales. Les masses ont réagi sous la direction des Sans-Culottes, dans la Conspiration des Égaux : une tentative de renverser le Directoire. Menée par Gracchus Babeuf, ce coup d’État aspirait à installer une république égalitaire et proto-socialiste, inspirée des idéaux jacobins. Toutefois, l’un de ses leaders, Georges Grisel, a dénoncé le mouvement et le gouvernement a mis en place une répression violente. Finalement, la révolte a échoué.

Sur le plan domestique, des historiens comme Michel Vovelle soulignent que la vie sous le Directoire était entachée de corruption, de pauvreté, de violence et d’instabilité. Pourtant, au milieu de tout ce chaos, il y avait une institution qui a prouvé sa valeur : l’Armée. Comme l’argumente Eric Hobsbawm, il est vrai que les soldats manquaient de formation, de discipline, d’intelligence et de systèmes adéquats de ravitaillement et d’assistance médicale. Mais ils ont réussi précisément à cause de cela : ils avaient besoin de victoires rapides pour surmonter ces limitations. Les troupes françaises ont réussi à étouffer la dissidence politique à l’intérieur des frontières du pays, et ont commencé à opérer plus efficacement au-delà de ses frontières. Elles ont vaincu les coalitions étrangères, puis renversé de nombreux régimes absolutistes voisins et les ont remplacés par des républiques sœurs, contrôlées par des révolutionnaires. C’était l’internationalisation de la Révolution française.

À cette époque, le gouvernement était de plus en plus à la merci des soldats, car leurs conquêtes contribuaient à le financer. En particulier, Napoléon Bonaparte, un général qui avait personnellement supervisé plusieurs victoires françaises à l’étranger, a acquis un grand soutien populaire. Il s’est rendu compte que le gouvernement civil était faible et dépendant des officiels militaires. En 1799, avec le soutien de certains politiciens et intellectuels comme Emmanuel Sieyès, Napoléon s’est emparé du pouvoir dans le Coup du 18 Brumaire. Après une décennie, la Révolution française prenait finalement fin.

Cette gravure colorée saisit un moment clé de la Révolution française, en particulier le Coup d’État du 18 Brumaire par Napoléon Bonaparte. La scène se déroule dans une pièce austère avec de hautes fenêtres d’où la lumière du jour s’infiltre. Elle dépeint une confrontation chaotique entre différents groupes. Au premier plan, deux hommes en robes blanches avec des draperies rouges, représentant des membres du gouvernement, sont arrêtés ou contraints par des officiers militaires en uniformes bleus avec des pantalons blancs et des chapeaux bicornes. Un membre du gouvernement tient une épée enfourchée, symbolisant que son pouvoir est dépassé. Derrière eux, d’autres officiers et fonctionnaires du gouvernement sont engagés dans une dispute enflammée, certains avec des épées tirées. À gauche, un groupe d’hommes en robes judiciaires rouges gesticule de manière dramatique, indiquant une scène de bouleversement politique intense. La composition globale véhicule la tension et le désordre de cet événement historique.
« Le Coup d’État du 18 Brumaire », une gravure de Giacomo Aliprandi représentant la prise de pouvoir de Napoléon. Image de domaine public.

Conclusion

La Révolution française, aux côtés de la Révolution industrielle, est l’une des deux révolutions les plus importantes du XVIIIe siècle. Elle a commencé parce que la bourgeoisie voulait plus de représentation politique, au détriment du clergé et de la noblesse, qui voulaient préserver leurs privilèges. Suite à la prise de la Bastille, la Révolution a pris un virage plus populaire, bien que le premier gouvernement révolutionnaire fût modéré. La Terreur a fait frémir ceux qui s’opposaient au mouvement — tant en France qu’à l’extérieur —, et les monarchies absolutistes d’Europe ont tenté d’étouffer les Français, en vain. Les Girondins ont réagi aux excès jacobins dans le Directoire national, mais la faiblesse du gouvernement a ouvert la voie à l’ascension au pouvoir de Napoléon Bonaparte.

L’ère napoléonienne conserverait certaines expériences inaugurées par la Révolution française, mais pas toutes. Napoléon durerait également de nombreuses années au pouvoir, pour être finalement vaincu en 1815 par les puissances absolutistes. Cependant, l’esprit de la Révolution française vivrait indéfiniment, influençant de nombreuses autres révoltes dans le monde entier. C’est l’héritage qu’elle a laissé derrière elle.


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